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Entrevue avec Stéphanie Balmir Villedrouin, ministre du Tourisme d’Haïti

 Éclipser Punta Cana et Varadero, rien de moins : c’est l’objectif de Stéphanie Balmir Villedrouin, ministre du Tourisme d’Haïti qui pilote sur la côte caraïbe d’Haïti un projet de développement articulé autour de trois pôles : Jacmel, la Côte de Fer (26 kilomètres de plages) et l’Île-à-Vaches, où les premiers hôtels devraient ouvrir leurs portes dans quelques mois.

«Nous avons là un potentiel de 30 000 chambres réparties entre des grands complexes tout-inclus, des hôtels boutiques et des lotissements de villas», expliquait la ministre. De passage à Montréal, la semaine dernière, elle a accordé une entrevue à PAXnouvelles.

Il est beaucoup question de l’Île-à-Vache, dans les journaux haïtiens. Où en est le développement de cette future destination balnéaire?

La cathédrale de Jacmel

La cathédrale de Jacmel

L’Île-à-Vache est un des trois pôles d’un grand projet de développement de la côte caraïbe, entre Jacmel et Les Cayes. Les deux autres pôles sont la ville de Jacmel, avec son quartier historique qui sera réaménagé, et la Côte-de-Fer, qui est une section de 26 kilomètres de plage de sable blanc située entre Jacmel et Les Cayes. En tout, cela représente un potentiel de 30 000 chambres, ce qui nous permettra de positionner la destination comme un nouveau Punta Cana, d’ici trois ou quatre ans.C’est sur la Côte-de-Fer que s’installeront les grands complexes tout-inclus. Les grandes chaînes espagnoles se sont toutes montrées intéressées. Nous sommes en train de mettre le cadre légal et les infrastructures en place. Ces terrains-là appartiennent à des propriétaires privés : il faut les réunir et les convaincre de vendre à un prix acceptable pour toutes les parties. On s’attend à ce que les premiers complexes ouvrent leurs portes sur la Côte-de-Fer dans trois ans. L’île-à-Vache accueillera plutôt des complexes hôteliers plus petits : de l’ordre de 80 à 120 chambres et des villas, pour un potentiel d’environ 2000 chambres au total.

À Jacmel, nous venons de réaménager le Boulevard, qui est la promenade du front de mer et nous nous préparons à restaurer le centre historique. La destination n’en sera pas une de tourisme de masse : on y trouvera plutôt des hôtels boutiques et nous voulons y accueillir des navires de croisières de moyen tonnage, soit de 300 à 400 cabines. Ce sera le pôle touristique culturel de la côte caraïbe.

Et quand comptez-vous recevoir les premiers touristes à l’Île-à-Vache?

Le projet de l’Île-à-Vache est plus avancé, car le littoral de l’île est une propriété publique. Nous y avons investi 11 millions $ sur deux ans pour illuminer la côte, aménager des routes et un petit aéroport qui, avec une piste de 1,6 kilomètre, pourra accueillir des avions régionaux reliant l’île à Miami, Port-au-Prince et les îles voisines. Nous travaillons déjà avec plusieurs groupes hôteliers et les premiers complexes devraient ouvrir leurs portes au milieu de 2016. Le plan d’aménagement de l’île, qui a une superficie de 46 kilomètres carrés est conçu dans le respect des normes de développement durable. Le tiers du territoire sera occupé par la mangrove, un autre tiers sera réservé à l’agriculture et le dernier tiers sera disponible pour le développement d’infrastructures touristiques.

Les Québécois qui voudront se rendre à l’Île-à-Vache devront donc passer par Port-au-Prince ou Miami?

l’Île-à-Vache

l’Île-à-Vache

Pas nécessairement. Nous aménageons un aéroport à Aquin, qui se trouve à mi-chemin entre la Côte-de-Fer et la ville des Cayes. Il accueillera des moyens-porteurs, comme des Boeing 737 ou des Airbus A320. Et un service de traversiers sera mis en place pour relier tous ces endroits. Cela prendra moins de 30 minutes pour traverser d’Aquin à l’Île-à-Vache et une trentaine de minutes pour relier l’Île-à-Vache à la Côte-de-Fer. La Banque Interaméricaine de Développement (BID) accorde chaque année à Haïti une somme de 200 millions $ US pour financer le développement. Jusqu’à présent, ces fonds étaient essentiellement destinés à trois secteurs : la santé, l’éducation et l’agriculture. Une partie de la somme – 36 millions $ –  sera dévolue au développement touristique, ce qui constitue une première.Et la sécurité?

Haïti est une destination sécuritaire pour les touristes, mais malheureusement, ce n’est pas la perception que les gens en ont. Pour dissiper cette perception, nous avons pris plusieurs mesures. Ainsi, nous avons rassemblé les chauffeurs de taxis en associations et nous leur avons accordé des prêts pour renouveler leurs flottes de voitures qui seront toutes peintes dans des couleurs particulières à chaque région : jaune à Port-au-Prince, vert au Cap Haïtien, etc… Les véhicules seront donc neufs et sécuritaires et ils seront munis de localisateurs GPS permettant à tout moment de retracer la voiture et son itinéraire. Nous formons également des policiers qui seront versés dans un corps de police touristique – Politour. Un premier contingent de 120 policiers vient de terminer sa formation. Ils seront déployés sur Port-au-Prince et Cap Haïtien et un autre contingent vient d’entamer la formation. Du côté des hôtels nous gérons un processus de classification en collaboration avec la CITC (NDLR : la Corporation de l’Industrie Touristique du Québec). Actuellement, 60% des 10 000 chambres opérationnelles en Haïti ont été classifiées sur une échelle de 1 à 5 hibiscus et 30% sont en processus de classification. Nous accélérons également le processus de formation du personnel hôtelier. L’école hôtelière vient d’ailleurs d’inaugurer une succursale près des Cayes. Nous travaillons aussi à l’aménagement des infrastructures : ainsi, les installations de la Citadelle du roi Christophe, près du Cap Haïtien sont en cours de restauration et on construit un téléphérique qui permettra d’y accéder. Mais il y a bien d’autres travaux de restauration et d’aménagement en cours partout dans l’île.

Il était aussi question de l’île de la Tortue, au large de la côte Nord d’Haïti…

Nous avons une lettre d’intention de Carnival, qui veut aménager un terminal de croisières et des installations récréatives sur l’île de la Tortue, un peu comme Royal Caribbean le fait à Labadie. Ils terminent actuellement les études de faisabilité.

Quels sont les principaux marchés que vous ciblez avec ces nouveaux pôles touristiques?

Nous voulons d’abord «sécuriser» la clientèle nord-américaine, soit le Canada et les États-Unis qui constituent nos deux marchés prioritaires. Nous avons déjà établi des liens solides avec Transat, qui a été le premier grossiste canadien à élaborer et commercialiser des forfaits touristiques en Haïti. Mais d’ici trois ou quatre ans, nous aurons des milliers de chambres à remplir et, pour cela, il nous faut travailler avec un grand nombre de voyagistes.

Nous avons rencontré Colin et Stephen Hunter, les deux grands patrons de Sunwing qui ont manifesté beaucoup d’intérêt pour l’Île-à-Vache, notamment. Aux États-Unis, nous travaillons avec Apple Leisure Group, dont la filiale hôtelière, AMResorts s’est montrée intéressée par nos projets de développement. En Europe, nous sommes déjà présents sur le marché français, notamment avec Transat France, et sur le marché italien, où le voyagiste Alpitours a réservé une section de chambres au Decameron pour implanter un Club Bravo, un peu sur le modèle des Club Lookéa. La destination Haïti sera également vendue sur le marché tchèque où un tour opérateur exploitera un charter sur Port-au-Prince, en double stop avec Samana, pendant la saison d’hiver 2016/2017. Et nous menons actuellement des pourparlers avec des opérateurs polonais. La destination est aussi commercialisée dans les îles voisines et des charters sont programmés l’été prochain au départ de la Martinique et la Guadeloupe.

Source : www.paxnouvelles.com

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